579120De Xavier Dolan avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément

Synopsis Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Les difficultés de la parentalité

Il n'y avait que Xavier Dolan pour se permettre de présenter un film sur les difficultés d'être parent d'un enfant hyperactif. Du haut de ses vingt-cinq ans, Dolan s'est lancé dans le projet de montrer la quotidienneté de ces rapports mère/fils compliqués, qui demande beaucoup de maturité, sans complexe. Et c'est la recette de ce succès. Alternant entre sa fantaisie poétique mêlant la chaleur des couleurs à des ralentis esthétisants et un réalisme de la situation des humbles et des moyennes gens montrés droit dans les yeux, ni de haut ni mis sur un piédestal, Dolan remporte le morceau dès le premier plan où l'on découvre en plan serré la "Mommy" en question, nimbée de soleil d'automne étendant son linge. Anne Dorval crève l'écran d'entrée, prouvant au passage que, passée la jeunesse éclatante, une femme peut être pétillante et éblouissante de beauté. Elle tient même la dragée haute à son "fils", brillament joué par Antoine-Olivier Pilon, pourtant bourré de charisme et l'incarnation même d"attachiant". Le reste est à l'avenant, une bombe visuelle, emplie d'humanité, de franche violence zébrée de franches rigolades et de respirations irradiantes de grâce qui cloue le spectateur régulièrement à son fauteuil notamment avec de grandioses "ouvertures" du cadre (majoritairement en 1:1, format étriqué, qui permet le dynamisme et rend plus viscéral l'impression de confinement de Kevin) qui prouvent, s'il y en avait encore besoin, que Dolan est un artiste, en plus d'être un brillant metteur en scène, livrant ses émotions en soignant la forme sans se mettre de barrière.

C'est celà au fond qui fait un grand film : un fond sincère et une esthétique justifiée et lumineuse.

En bref : un portrait honnête de la classe moyenne, sans misérabilisme ni happy-end forcée. Des questions pertinentes sur la puissance et les limites de l'amour face à la fatalité. Une recherche de lumière et de liberté permanente qui émeut . Xavier Dolan, en pleine possession de ses moyens et de son insolante jeunesse éprise d'affranchissement, canalissant enfin sa fougue créatrice limite maniériste, sublime les relations mère/fils et offre son premier chef-d'oeuvre qui sera, à n'en pas douter, suivi de beaucoup d'autres. Vivement la suite!

Note : 8.5/10