109836_jpg_r_640_600_b_1_D6D6D6_f_jpg_q_x_xxyxxDe : Erik Poppe avec : Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny et Larry Mullen Jr

Synopsis : Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l'explosion d'une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose. Rebecca, qui est déchirée entre les souffrances qu’elle fait subir à ses proches et sa passion de photoreporter, doit faire face à un ultimatum : choisir entre son travail et sa famille. Mais peut-on vraiment échapper à sa vocation, aussi dangereuse soit-elle ? Renoncera t-elle à couvrir ces zones de combats, et à sa volonté de dénoncer la tragédie humaine de son époque ?

 

Au front comme à la maison.

Cinq ans après le succès d'"En eaux troubles", Le réalisateur norvégien revient avec toujours un drame mais plus personnel celui-ci. Photographe de zones de conflits jusque dans les années 80, Erik Poppe avait envie de partager son questionnement quant à ce métier et ses conséquences. Rebecca, interprétée avec force et conviction par Juliette Binoche est une femme blessée. Blessée dans son corps lors d'un reportage parmi un groupe de femmes terroristes et dans son âme par sa famille qui, ne pouvant plus vivre dans l'angoisse de la voir se mettre en danger et de na pas savoir si elle reviendra vivante de sa prochaine mission, lui pose un ultmatum. Passionnée par son métier mais amoureuse et maman attentive, la reporter comprend l'urgence et essaie aussi fort qu'elle peut de simplement vivre sa confortable vie de famille entourée de son époux et de ses deux filles. Mais vite, insidieusement, la rage et le dégoût d'être chaque jour spectatrice de la souffrance du monde sans pouvoir la dénoncer, la prend aux tripes. D'abord fermement décidée à respecter sa promesse de ne plus partir, elle est rattrapée par sa passion lors d'un concours de circonstances : un vieil ami lui propose de partir au Kenya pour une courte de mission en tant que simple correspondante et sa fille a un exposé à faire sur l'Afrique et la pousse à partir pour l'accompagner. C'est là que l'étau se ressserre autour de Rebecca et qu'elle va prendre la pleine conscience de ce qu'implique sa passion : faire la balance entre l'envie irrépressible de montrer au monde les difficultés et la violence que subissent certaines populations et assurer sa survie et celle de sa fille adolescente. Tout le dilemme de ce personnage se trouve ainsi cristallisé et est omniprésent dans la réalisation à la photographie impeccable, oscillant entre les moments purs et calmes en famille dominés par des nuances de blanc (draps, lumière et décoration de la maison de l'héroïne...) et les moments de reportages, plus cut, plus rapides et zébrés de rouge lorsque la violence s'invite (le drap cachant les femmes kamikazes lavées avant de s'equiper de leur bombe, le foulard autour du coup d'un assaillant au Kenya...). L'équilibre entre ces deux univers font la réussite de ce film. Comment mieux montrer un conflit intérieur qu'en créant deux ambiances distinctes? L'accélération et la montée de la violence sont concomitantes dans les deux "mondes" de Rebecca, la poussant à faire des choix que l'on sent irréversibles. Mais point de jugement ici, juste un constat : la passion est souvent incompatible avec la vie de famille. Libre au spectateur d'interpréter le dernier plan, déchirant, et de chercher en lui sa réponse au double conflit qui se joue devant ses yeux.

En résumé : Fort et passionné, à l'image du personnage principal et de son interprète, ce nouveau long-métrage d'Erik Poppe propose une vision intérieure du métier de reporter mâtinée de drame familial. Une belle réussite portée par un sujet épineux (jusqu'on doit-on aller lorsqu'on est photo-reporter? Où se situe la frontière entre la recherche d'adrénaline et la dénonciation? Que cache cette volonté de secouer les esprits?), une photographie élégante et soignée et un montage efficace.

Note : 7/10